Skip to main content

Full text of "Des conduits excréteurs des glandes sublinguale et lacrymale : du rôle des sinus de la face : thèse pour le doctorat en médecine, présentée et soutenue le 4 février 1862"

See other formats


(y 


FACULTÉ  DE  MÉDECINE  DE  PARIS.  N°  20. 


THÈSE 


POUR 


DOCTORAT  EN  MEDECINE 

Présentée  et  soutenue  le  4 février  1862, 

Par  PAdii-JvLes  T1LLAU1, 

né  à Aunay-sur-Odon  (Calvados), 


Protecteur  il  la  Faculté  «le  Médcciue  de  Paris, 


ancien  Interne  des  Hôpitaux  et  Hospices  civils  de  Paris  ( Médaille  de  Bronze) 

(Enfants  Assistés,  1858;  Cochin,  1859;  Saint-Louis,  1860;  Clinique,  1861  ), 

Lauréat  des  Hôpitaux  de  Paris  (lre  Mention  aux  deux  Concours  des  Prix  de  l’Internat  en  1860  et  1861), 
Lauréat  de  la  Société  médico-psychologique  (Prix  Esquirol  ,1856), 

Lauréat  de  l’École  de  Médecine  de  Caen , 1853,  1854,  1855  (Prix  Le  Sauvage , Médaille  d’Or), 
ex-Prosecteur  à l’École  de  Médecine  et  ex-interne  des  Hôpitaux  de  Caen , 

Membre  de  la  Société  Anatomique  de  Paris. 


DES  CONDUITS  EXCRÉTEURS 

DES  GLANDES  SUBLINGUALE  ET  LACRYMALE. 

DU  ROLE  DES  SINUS  DE  LA  FACE. 


Le  Candidat  répondra  aux  questions  qui  lui  seront  faites  sur  les  diverses  partie* 
de  renseignement  médical. 


PARIS. 

R1GNOUX,  IMPRIMEUR  DE  LA  FACULTÉ  DE  MÉDECINE, 

rue  Monsieur -le -Prince,  31. 


1862.  — Tillaux. 


1862 


FACULTE  DE  MÉDECINE  DE  PARIS 


Professeurs. 

M.  le  Barou  P.  DUBOIS,  doyen.  MM. 


Anatomie 

Physiologie 

Physique  médicale 

Histoire  naturelle  médicale 

Chimie  organique  et  chimie  minérale 

Pharmacologie. 

Hygiène.. 

Pathologie  médicale 

Pathologie  chirurgicale 

Anatomie  pathologique 

Pathologie  et  thérapeutique  générales 

Opérations  et  appareils. 

Thérapeutique  et  matière  médicale 

Médecine  légale 

Accouchements,  maladies  des  femmes  en 
couches  et  des  enfants  nouveau-nés 


JARJAVAY. 

LONGET. 

GAVARRET. 

MOOUIN-TANDON. 

WURTZ. 

REGNAULD. 

BOUCHARDAT. 
j N.  GU  ILLOT. 

(MONNERET. 
j DENONV1LLIERS. 
(GOSSELIN,  Président. 

CRU  VEILH  IER, Examinateur. 
ANDRAL. 

MALGAIGNE. 

GRISOLLE. 

TARDIEU. 


BOUILLAUD. 

IROSTAN. 

| PIORRY. 

'trousseau. 

VELPEAU. 

I LAUGIER. 
jNÉLATON. 

[JOBERT  DE  LAMBALLE. 

Clinique  d’accouchements P.  DUBOIS. 

Professeurs  honoraires > MM.  CLOQUET  elADELON.  — Secrétaire , M.  BOURBON. 

Agrégés  en  exercice. 


Clinique  médicale, 


Clinique  chirurgicale 


MM.  AXENFELD. 

MM.  FOUCHER. 

BAILLON. 

GUBLF.R. 

BARTH. 

GUILLEMIN. 

BLOT. 

HÉRARD. 

BOUCHUT. 

LASÈGUE. 

BROCA. 

LECONTE. 

CHAUFFARD. 

PAJOT. 

DELPECH. 

REVEIL. 

DlICHAUSSOY. 

RICHARD. 

EMPIS,  Examinateur. 

SAPPEY,  Examinateur. 

FANO. 

TRÉLAT. 

FOLLIN. 

VERNEU1L. 

Par  délibération  du  9 décembre  1798,  l’École  a arrêté  que  les  opinions  émises  dans  les  dissertations  qui 
lui  seront  présentées  doivent  être  considérées  comme  propres  à leurs  auteurs,  et  qu’elle  n’enteBd  leur  donner 
aucune  approbation  ni  improbation. 


A LA  MEMOIRE 


DE  MON  PERE. 


A MES  SOEURS. 


A MON  VIEUX  COMPAGNON  D’ÉTUDE  ET  MON  MEILLEUR  AMI, 


LE  DR  LÉON  LABBÉ, 

Aide  d’Auatomie  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
ex-interne  Lauréat  des  Hôpitaux  de  Paris, 
ex-interne  Lauréat  des  Hôpitaux  de  Caen,  etc.  etc. 


A MES  MAITRES, 


M.  L.  GOSSELIN, 

Professeur  de  Pathologie  chirurgicale  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
Chirurgien  de  l’hôpital  de  la  Pitié, 

Membre  de  l’Académie  impériale  de  Médecine, 
ex-Président  de  la  Société  de  Chirurgie, 

Chevalier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc.  etc. 

(4'ochin — Internat,  18S9.) 


M.  LONGET, 

Membre  de  l’Institut  de  France  (Académie  des  Sciences), 
Professeur  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
Membre  de  l’Académie  impériale  de  Médecine, 
Officier  de  la  Légion  d’Honueur,  etc. 


À M.  DE  NON  VIL  LIERS, 


Inspecteur  général  de  l’Enseigueuienl  supérieur  pour  l’Ordre  de  la  Médecine, 


Professeur  de  Pathologie  chirurgicale  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
Chirurgien  de  l’hôpital  Saint-Louis, 

Membre  de  l’Académie  impériale  de  Médecine, 

Membre  de  la  Société  de  Chirurgie , 

Officier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc.  etc. 


Professeur  de  Clinique  chirurgicale  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
Chirurgien  de  l’hôpital  des  Cliniques, 

Membre  de  l’Académie  impériale  de  Médecine, 

Membre  de  la  Société  de  Chirurgie, 

Officier  de  la  Légion  d’Honueur,  etc.  etc. 


(Saint-Louis  — luteruut,  1800.) 


Cliuitiue  — Internat,  1801.) 


A M.  ALFRED  BLANCHE, 

Conseiller  d’Élat , 

Officier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc. 


A MON  PREMIER  MAITRE, 


M.  VA  ST  EL, 

Directeur  de  l’École  secondaire  de  Médecine  de  Caen, 
Médecin  en  Chef  des  Hôpitaux  civils  et  militaires  de  Caen, 
Chevalier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc. 


A M.  R É H IER, 

Médecin  de  l'hôpilal  de  la  Pitié, 

Professeur  agrégé  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
Chevalier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc. 

( Beaujon  — Internat  provisoire,  ISSf.  ) 


A M.  GIRALDÈS, 

Chirurgieu  de  l’hôpital  des  Enfants  Malades, 
Professeur  agrégé  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris, 
Chevalier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc. 

(Enfants  Assistés  — Internat , 1858.) 


A MON  MAITRE  ET  AMI 

F.  DOLBEAU, 

Chirurgien  des  Hôpitaux  de  Paris, 

Professeur  agrégé  à la  Faculté  de  Médecine  de  Paris,  etc. 


(Cocltin,  1859.) 


A M.  BA1LLARGER, 

Médecin  de  l’hospice  de  la  Salpêtrière, 
Membre  de  l’Académie  impériale  de  Médecine, 
Chevalier  de  la  Légion  d’Honneur,  etc. 


(Externat,  1856.) 


A MES  PREMIERS  MAITRES: 


MM.  LECHEVALLIiîR,  LEPRESTRE, 
LE  ROY  LANJUIN1ÈRE,  LECOEIJR, 
LE  BIDOIS  ET  MAHEUT, 

Professeurs  à l’Ecole  secondaire  de  Médecine  de  Caen. 


A M.  SAP  PE  Y, 

Chef  des  Travaux  anatomiques  de  la  Faculté  de  Médecine  de  Paris. 


A mes  autres  maîtres  dans  les  hôpitaux  de  Paris  : 

MM.  BOUVIER  (Enfants  Malades),  RICHET  (Hôtel-Dieu), 
FOLLIN  ( Saint-Antoine) , BEAU  (Cochin), 

H.  ROGER  (Enfants  Malades),  BROCA  (Enfants  Assistés), 
VERNEUIL  (Saint-Louis),  BAUCHET  (Cochin), 

A.  RICHARD  (Cliniques). 


1862.  - liliaux. 


2 


' 


■ 

. 


. 


, 


1 • . 

■ 


■ 


Les  concours  que  j’ai  subis  pour  les  places  d Aide  d’ana- 
tomie et  de  Prosecteur  à la  Faculté,  depuis  1858  jusqu’en 
1861 , m’ont  fait  étudier  avec  grand  soin  quelques  points 
d’anatomie;  j’ai  reconnu  certaines  dispositions  qui  avaient 
jusqu’alors  échappé  aux  anatomistes  : ce  sont  les  résultats 
de  ces  recherches  que  je  me  suis  proposé  de  consigner  en 
partie  dans  ma  thèse  inaugurale. 


' 


r,  i i 


- 


* 


. 


. 


• . 


■ 

' 


DES  CONDUITS  EXCRÉTEURS 


DES 


DU  ROLE  DES  SINUS  DE  LA  FACE. 


1°  Des  conduits  excréteurs  «le  la  glande  sublinguale  chez 
l'homme  et  chez  quelffues  vertébrés. 

Avant  de  décrire  la  structure  de  la  glande  sublinguale,  telle  que 
nous  l’avons  trouvée,  il  nous  paraît  utile  de  jeter  un  coup  d’œil  sur 
l’historique  de  ses  conduits  excréteurs. 

Peu  de  sujets  en  effet,  en  anatomie,  ont  excité  autant  de  contro- 
verses, et  nous  verrons  qu’une  erreur,  généralement  répandue,  s’est 
glissée  dans  l’histoire  de  celte  glande.  Pour  détruire  cette  erreur,, 
nous  avons  dû  recourir  aux  textes  authentiques  des  XVIIe  et  XYin® 
siècles. 

Et  d’abord  que  faut-il  entendre  par  conduits  de  Rivinus  et  canal 
de  Bartholin  ? 

Tous  les  auteurs  appellent  aujourd’hui  conduits  de  Rivinus  les 
petits  conduits  qui  viennent  s’ouvrir  par  des  orifices  séparés  sur  les 
côtés  du  frein  de  la  langue.  Ils  appellent  canot  de  Bartholin  un 
canal  bien  distinct  des  précédents,  qui  vient  s’ouvrir,  parallèlement 
à celui  de  Warlhon,  sur  la  papille  située  de  chaque  côté  du  frein 
de  la  langue. 


Cependant  nous  allons  prouver  d'une  manière  péremptoire  que 
Rivions  et  Bartholin  ont  vu  et  décrit  le  même  conduit  et  qu’ils  n’en 
ont  jamais  décrit  qu’un  seul  de  chaque  côté. 

Rivinus  n’a  rien  laissé  par  écrit  qui  nous  prouve  qu  on  lui  doive 
attribuer  la  découverte  du  troisième  conduit  salivaire,  comme  l’ap- 
pelaient ses  contemporains.  La  première  mention  en  est  faite  dans 
une  thèse  sur  la  dyspepsie,  soutenue  sous  sa  présidence  par  un  de 
ses  élèves,  Henricus-Christophorus  Künne,  le  3 septembre  1679. 
Son  élève  s’exprime  ainsi  : 

« Duclus  salivaies  quos  in  capile  vitulino,  prælerita  hyeme,  ali- 
« quoties  demonstravit  dominas  præses,  merentur  illis  annumerari 

«quos  Warlhonus  et  Sténo  aunolarunt 

«pergunl  suprà  Warlhonianos  immédiate 

«.  . . . sed  omnino  singulares  sunt.  » 

Rivinus  avait  donc  trouvé  un  conduit  salivaire  nouveau  ; il  n’en 
avait  trouvé  qu’un  seul  de  chaque  côté;  nous  lisons  en  effet  dans 
Martin  Schurig  ( Sialo/ogie , 1723)  : 

« Tertius  ductus  salivaüs  Rh’i?iianus  dicitur...  sciendum  augustum 
«quirinum  Rivinum,  prolessorem  Lipsiensem,  anno  1679,  ductum 
« hune  demonstrasse.  » 

Le  même  auteur',  Schur  ig,  raconte  que  Gaspard  Bartholin  passa 
à Leipsick  tout  l’été  de  1681.  Il  n’est  pas  impossible,  dit-il,  qu’il  ait 
appr  is  dans  cette  ville  la  découverte  de  Rivinus,  ou  même  qu’il  ait 
lu  la  thèse  de  son  élève.  Toujours  est-il  que  Bartholin,  trois  ans 
après  Rivinus,  c’est-à-dire  en  1682,  et  un  an  après  son  voyagea 
Leipsick,  décrivit  et  figura  exactement  le  même  conduit  dans  une 
dissertation  intitulée  de  Ducln  salioali  Iwclenùs  non  descripio.  Mal- 
gré ces  témoignages,  Schurig  n’ose  pas  accuser  Bartholin  de  mau- 
vaise foi,  disant  qu’il  a pu  trouver  son  conduit  sans  connaître  la 
découverte  de  Rivinus. 

Ce  qui  ne  permet  pas  de  douter  de  l’identité  des  conduits  de  Ri- 
vinus et  de  Bartholin,  c’est  que  ces  deux  anatomistes  se  disputèrent 
souvent  l’honneur  de  la  découverte.  Je  les  ai  fréquemment  entendus, 


dit  Zwinger,  «de  inventione  hornm  ductuum,  et  riantes  inter  se  au- 
« divimus , vires  hujus  ævi  præcelleniissimos,  Gasp.  Bartholinum 
« Haffinensem,  et  Aug.  Ouir.  Rivinum,  professores  medicinæ  cele- 
« berrimos.  » 

Rien  n’est  donc  mieux  prouvé  que  ce  fait  : 1°  Rivinus  et  Barlholin 
ont  décrit  le  même  conduit,  le  premier  en  1G79,  le  second  en  1G82. 
2°  Ils  n’en  ont  décrit  qu’un  seul. 

Rivinus  ne  l’avait  recherché  que  chez  le  veau.  Or  il  existe  dans  la 
glande  de  cet  animal  une  portion  horizontale  munie  d’un  conduit 
excréteur  unique,  parallèle  à celui  de  Warlhon,  et  une  portion  ver- 
ticale, composée  d’un  grand  nombre  de  petites  glandules  juxta- 
posées. C’était  évidemment  ce  conduit  excréteur  horizontal  qu’avait 
vu  Rivinus.  Tous  les  auteurs  l’appellent  canal  de  Bartholin,  et,  chose 
singulière,  c’est  à des  conduits  qu’il  n’avait  jamais  vus  que  Rivinus 
doit  d’être  connu  de  la  postérité. 

Jusqu’alors  la  glande  sublinguale  n’avait  pas  été  étudiée  chez 
l’homme.  INuck,  le  premier,  entreprit  cette  étude  (1).  Il  dit  en  par- 
lant du  conduit  de  Rivinus  : Sic  et  in  luimano  subjecto,  non,  ont 
saltem  rarissime  conspicitur.  11  l’appelle  du  reste  indifféremment  : 
Rivinianus  aut  Bartliolinianus.  Il  ne  le  trouva  qu’une  seule  fois  chez 
l'homme,  et  encore  d’un  seul  côté  : Non  in  utroque. , sed  in  altero 
tantum  latere.  11  injecta  du  mercure  dans  ce  conduit,  croyant  que  le 
métal  allait  se  répandre  dans  toute  la  glande,  mais  il  n’en  fut  pas 
ainsi  : une  faible  partie  seulement  fut  remplie.  Il  prit  ce  conduit 
pour  une  anomalie  : ludentem  potius  considcraverim  naluram,  quant 
quod  ubique  ductus  foret  inveniendus. 

En  1724,  Auguste-Frédéric  Walther,  professeur  à Leipsick,  fit 
paraître  un  travail  remarquable,  intitulé  de  Lingua  Humana  libellas. 
11  affirme,  dans  ce  travail,  que  personne  avant  lui  n’a  vu  de  conduit 


(I)  Sialographia  et  ductuum  aquosorum  anatome  nova;  Lugduui  Batavorum, 

1698. 


excréteur  de  la  glande  sublinguale  chez  l’homme,  qu’on  ne  l’a  admis 
que  par  analogie  avec  ce  qui  existe  chez  quelques  animaux;  mais 
nous  avons  vu  que  Nuck  en  avait  injecté  un  au  mercure  chez 
l’homme. 

Walther  a le  premier  bien  indiqué  chez  l’homme  plusieurs  con- 
duits excréteurs,  bien  qu’ils  aient  été  certainement  entrevus  avant 
lui,  au  moins  chez  les  animaux.  La  description  suivante  de  N.  Sténon, 
dans  son  traité  de  G/nndulis  oeis,  ne  laisse  aucun  doute  : 

« Oriuntur  inlra  ipsam  (glandulam)  exilibus rivulis,  et  hinc  sibi  in- 
« vieem  parallela,  a lingua  versus  gingivas  recedunt , ubi  ad  digiti 
"fore  a dentibus  et  vix  conspicuis,  nisi  premantur,  ostiis  per  tuni- 
« cam  hiant.  » 

Walther,  qui  avait  lu  Sténon,  dut  être  aidé  par  celte  description. 

Ces  Faits  étaient  bien  connus,  car  Morgagni  reproche  à Vereyen 
d’avoir  reproduit  fidèlement  la  description  de  Sténon  sans  citer  le 
nom.  Vereyen  se  sert  en  effet  des  mêmes  expressions.  Il  dit  avoirob- 
servé  et  montré  très-souvent  plusieurs  petits  conduits  venant  s’ouvrir 
de  chaque  côté  par  un  orifice  spécial.  Souvent  il  a pu  y introduire 
une  soie  avec  un  plaisir  d’autant  plus  grand  , dit-il,  qu’on  lit  dans 
Sténon  qu’il  est  difficile  d’introduire  des  soies  dans  les  conduits 
excréteurs  du  bœuf  : « Per  quod  sæpius  tenuiores  setas  eo  majori  vo- 
«luptale  immissi , quod  apud  Slenonem  legeram,  hæc  vasa,  ne  qui- 
«dem  in  bovum  genere,  facile  recipere.  » 

Walther,  le  premier,  employa  en  mode  d’examen  rigoureux  et 
varié.  Il  injecta  d’abord  de  l’air,  de  l’eau  colorée,  puis  de  la  cire, 
dans  le  conduit  de  Warthon,  mais  rien  ne  pénétra  dans  la  glande 
sublinguale.  Il  renonça  à ce  mode  d’investigation  pour  rechercher 
les  conduits  excréteurs  sur  les  côtés  de  la  langue.  Pour  cela  il  se 
servit  d’injections  au  mercure  à l’aide  de  tubes  à lymphatiques , et 
introduisit  ensuite  dans  leurs  orifices  des  soies  de  sanglier.  Il  re- 
connut ainsi  l’existence  de  4 à 6 conduits  venant  s’ouvrir  sur  le  bord 
supérieur  de  la  glande.  Il  les  a représentés  dans  son  ouvrage.  Sur 
une  planche,  on  voit  6 conduits  de  chaque  côté,  4 grands  séparés 


— 17  — 


l’un  de  l’autre,  par  des  distances  à peu  près  égales,  et  2 plus  petits 
situés  près  de  l’extrémité  externe.  Sur  une  autre  planche  il  n’y  a 
que  4 conduits.  Nous  voyons  dans  Siebold  que  Walther,  devenu 
vieux , attachait  une  grande  importance  à la  découverte  des  con- 
duits excréteurs  de  la  glande  sublinguale. 

A quelle  époque  remonte  l’erreur  qui  attribue  à Rivinus  des  con- 
duits que  cet  anatomiste  n’avait  jamais  vus? 

Il  nous  a semblé  qu’elle  commençait  avec  la  thèse  de  Siebold,  sou- 
tenue le  3 février  1797.  Peut-être  est-elle  un  peu  antérieure,  mais 
on  peut  affirmer  que  cette  thèse,  par  son  retentissement,  a répandu 
et  consacré  l’erreur. 

Il  appelle,  en  effet , bartholinien  le  conduit  excréteur  parallèle  à 
celui  de  Warlhon.  Il  désigne  au  contraire  sous  le  nom  de  riviniani 
«ductus  qui  ex  glandulæ  ipsius  parte  superiori  membranam  oris 
«perforant.»  Il  trouva  plus  de  conduits  excréteurs  que  Walther  et 
fixa  leur  nombre  de  4 à 8. 

Sur  une  très-belle  planche  il  en  figure  2 dans  lesquels  sont  in- 
troduites des  soies  de  sanglier. 

Depuis  Siebold  les  auteurs  ont  répété  l’erreur  qu’il  avait  commise, 
sans  ajouter  rien  à l’anatomie  de  la  glande  sublinguale.  M.  Sap- 
pey  a rétabli  les  faits  historiques,  sommairement,  comme  il  conve- 
nait d’ailleurs  à un  traité  d’anatomie  descriptive.  Ce  célèbre  anato- 
miste, qui  a étudié  la  glande  sublinguale  avec  beaucoup  de  soin, 
est  arrivé,  en  employant  des  moyens  analogues  à ceux  de  Walther, 
à peu  près  aux  mêmes  résultats  que  ce  dernier.  Il  a décrit  4 ou 
5 conduits  excréteurs. 

Huschke  en  a décrit  une  douzaine,  mais  il  est  tombé  dans  l’er- 
reur en  signalant  quelques-uns  d’entre  eux  comme  allant  se  jeter 
dans  le  conduit  de  Warlhon. 

Mode  de  préparation. 

Le  mode  de  préparation  que  nous  avons  employé  mérite  de  fixer 

1862.  — Tillaux.  3 


— 18  — 


l'attention,  car  nous  le  croyons  nouveau,  et  c’est  à lui  que  nous  de- 
vons d’être  arrivé  à la  structure  exacte  de  la  glande  sublinguale. 
C’est  faute  d’avoir  employé  des  moyens  convenables  que  des  ana- 
tomistes très-distingués  n’ont  obtenu  que  des  résultats  entachés 
d’erreur. 

Remplissant,  en  1858,  les  fonctions  d’interne  dans  le  service  de 
M.  Giraldès,  nous  voyions  tous  les  jours  notre  maître  employer 
l’eau  acidulée  pour  l’étude  des  glandes  soit  de  la  peau  , soit  des  mu- 
queuses. D’après  ses  conseils,  nous  résolûmes  d’étudier  la  glande 
sublinguale  en  la  faisant  préalablement  macérer  dans  l’eau  acidulée. 
L’acide  tartrique  est  celui  qui  donne  de  beaucoup  les  meilleurs  ré- 
sultats. 

Les  enfants  se  prêtent  surtout  à l’élude  de  cette  glande.  Nous 
avons  choisi  de  préférence  des  enfants  de  quelques  mois  , maigres, 
ayant  les  chairs  molles  et  décolorées. 

Pour  être  certain  de  ne  pas  intéresser  la  glande  dont  les  limites 
sont  très-peu  accusées  avant  la  préparation,  nous  enlevons  la  lan- 
gue avec  le  maxillaire  inférieur,  et  nous  plongeons  le  tout  dans 
l’eau  acidulée.  Six  ou  huit  jours  de  macération  suffisent  le  plus  sou- 
vent pour  coaguler  l’épithélium  qui  tapisse  les  conduits  excréteurs  et 
les  culs-de-sac  glandulaires,  et  gélalinifier  le  tissu  cellulaire,  en  sorte 
que  les  éléments  glandulaires  se  détachent  en  blanc  sur  un  fond 
complètement  transparent. 

Nous  détachons  alors  la  langue  du  maxillaire  inférieur.  A l’aide 
de  pinces  et  de  ciseaux  , la  glande  est  facilement  enlevée  du  siège 
qu’elle  occupe,  en  même  temps  que  le  canal  de  Warthon  , situé  à 
sa  face  profonde,  et  la  portion  de  la  muqueuse,  où  les  conduits  ex- 
créteurs viennent  s'ouvrir. 

Nous  l’appliquons  entre  deux  lames  de  verre  légèrement  écar- 
tées, afin  de  ne  pas  l’écraser  par  une  compression  trop  immédiate, 
et  ces  deux  lames  sont  solidement  fixées  l’une  sur  l’autre. 

Cette  préparation  permet  d’apercevoir  tous  les  éléments  glandu- 
laires avec  une  parfaite  netteté,  soit  par  transparence,  en  avant  et 


— 19  — 

en  arrière,  soit  en  appliquant  la  plaque  sur  un  fond  noir.  Un  gros- 
sissement de  quatre  à cinq  diamètres  initie  aux  plus  petits  détails  de 
structure. 

Ce  procédé  était  employé  pour  soumettre  les  tissus  à l’examen 
microscopique,  mais  on  ne  l’avait  jamais  appliqué  à l’étude  des 
glandes  volumineuses.  Il  donne  de  très-beaux  résultats,  comme 
nous  l’avons  montré  à la  Société  de  biologie  (séance  de  mai  1858). 

Ce  procédé  est  également  très-utile  pour  l’étude  des  nerfs;  les 
fibrilles  nerveuses  sont  séparées  les  unes  des  autres  et  étalées  sous 
forme  de  pinceau.  Nous  avons  de  celte  façon  trouvé  un  grand 
nombre  de  fois  le  ganglion  sublingual  dont  l’existence,  admise  par 
les  uns,  rejetée  par  les  autres,  est  encore  entourée  d’une  certaine 
obscurité. 

Description  des  conduits  excréteurs. 

Voici  ce  qu’il  est  très-facile  de  constater  quant  à la  disposition  et 
au  nombre  des  conduits  excréteurs  : 

Ils  se  présentent  sous  la  forme  de  petits  filaments  blanchâtres 
plus  ou  moins  longs,  plus  ou  moins  ténus,  dirigés  parallèlement  les 
uns  aux  autres  vers  le  bord  supérieur  de  la  glande. 

lis  sont  généralement  fusiformes  , renflés  à leur  partie  moyenne  , 
effilés  à leur  extrémité  libre , qui  vient  s’ouvrir  tantôt  directe- 
ment , tantôt  obliquement , sur  la  muqueuse. 

Ces  dernières  particularités  se  rattachent  surtout  aux  plus  longs, 
qui  présentent  de  8 millimètres  à 1 centimètre  de  longueur.  Quel- 
ques-uns n’offrent  pas  plus  de  1 millimètre  , les  autres  atteignent 
un  chiffre  variable  intermédiaire  à ces  deux  limites  ; ils  peuvent 
donc  être  divisés  en  grands,  moyens  et  petits. 

Sur  les  lames  de  verre , de  même  que  sur  les  glandes  en  place , il 
est  facile  de  voir  que  tous  ne  s’ouvrent  pas  sur  un  même  plan  ver- 
tical ni  antéro-postérieur.  Les  uns  s’ouvrent  sur  la  face  antéro- 
externe,  d’autres  sur  la  face  postéro-interne  ; ces  derniers  sont  les 


— 20  — 


plus  courts.  Les  plus  longs  gagnent  le  bord  supérieur  de  la  glande 
et  s’y  terminent  par  une  série  d’orifices  disposés  linéairement.  Ces 
orifices  peuvent  être  vus  à l’œil  nu , même  sur  les  glandes  qui  n’ont 
subi  aucune  préparation  , mais  sont  beaucoup  plus  visibles  cepen- 
dant sur  les  pièces  préparées. 

Le  volume  de  ces  tubes  est  aussi  variable  que  leur  longueur  : les 
plus  gros  m’ont  paru  avoir  1 demi-millimètre  de  diamètre  environ; 
les  plus  petits  n’offrent  pas  plus  que  le  volume  d’un  cheveu  très- 
fin. 

D’une  manière  générale,  ils  sont  obliquement  dirigés  d’arrière  en 
avant  et  de  dehors  en  dedans. 

Tous  ces  tubes  ne  sont  pas  disposés  symétriquement,  c’est-à-dire 
qu’à  côté  d’un  tube  de  8 millimètres  on  en  rencontre  un  de  2 mil- 
limètres ; cependant  les  plus  longs  et  les  plus  volumineux  m’ont 
paru  se  rapprocher  davantage  de  l’extrémité  interne  de  la  glande. 

Ces  conduits  excréteurs  sont  tellement  distincts  les  uns  des  au- 
tres qu’il  est  très-facile  de  les  compter  à l’œil  nu,  et  mieux  encore  à 
l’œil  armé  d’une  loupe. 

Le  nombre  des  conduits  excréteurs  est  bien  différent  de  celui 
qu’ont  indiqué  jusqu’à  présent  tous  les  auteurs.  J’en  ai  toujours 
compté  au  moins  15,  plus  souvent  de  20  à 25 , quelquefois  30;  en 
sorte  que  je  n’hésite  pas  à affirmer  qu’un  des  caractères  essentiels 
de  la  glande  sublinguale , sur  lequel  on  n’avait  pas  insisté  jus- 
qu’alors, est  d’avoir  un  nombre  de  conduits  excréteurs  variable.  Ce 
nombre  m’a  paru  varier  entre  15  et  30  sur  plus  de  100  glandes  sub- 
linguales que  j’ai  examinées  à cet  effet. 

Je  crois  d’ailleurs  qu’il  faut  attacher  une  très-minime  importance 
à la  détermination  exacte  de  ce  nombre.  A-t-on  jamais  compté  ri- 
goureusement les  conduits  excréteurs  des  glandules  buccales,  la- 
biales,' etc.  ? On  conçoit  très-bien  que,  dans  certains  cas,  le  nombre 
puisse  être  suppléé  par  le  volume,  et  réciproquement. 

Sur  plusieurs  pièces,  j’ai  complètement  détaché  la  glande  sub- 


— 21 


linguale  de  la  langue,  la  laissant  seulement  adhérer  à la  muqueuse 
par  ses  conduits  excréteurs. 

Cette  préparation  très-simple  permet  de  constater,  de  la  façon  la 
plus  manifeste,  que  pas  un  de  ces  conduits  ne  vient  s’ouvrir  dans 
le  canal  de  Warthon  , couché  tout  le  long  de  la  face  interne  de  la 
glande.  Je  crois  que  ce  qui  en  a imposé  peut-être  à quelques  au- 
teurs, et  particulièrement  à Huschke,  ce  sont  des  filaments  nerveux 
émanés  du  lingual,  ayant  le  volume  de  plusieurs  des  canaux  excré- 
teurs, et  qui,  adhérant  au  canal  de  Warthon  par  un  tissu  cellulaire 
assez  dense,  vont  se  rendre  à la  glande  sublinguale. 

Quelquefois  on  observe  un  petit  groupe  de  glandes  allant  s’ou- 
vrir sur  la  muqueuse  dans  l’intervalle  compris  entre  les  deux  orifices 
des  canaux  de  Warthon,  sans  nullement  communiquer  avec  eux. 

Ce  fait  ne  doit  nullement  surprendre  si  l’on  considère  ce  qui  se 
passe  ailleurs.  Voit-on  jamais  en  effet  les  glandes  buccales  placées 
à la  face  externe  du  muscle  buccinaleur,  s’ouvrir  dans  le  canal  de 
Slénon,  ou  les  glandes  duodénales  de  Brunner  s’ouvrir  dans  le  canal 
pancréatique  ? 

Ces  conduits,  en  nombre  variable,  que  nous  venons  d’étudier, 
font  suite  à autant  de  petites  glandes  qui  n’ont  rien  de  particulier. 
Quant  à leur  structure  interne,  examinée  au  microscope,  ce  sont  des 
glandes  en  grappe  composées. 

Nous  insisterons  davantage  sur  leur  disposition. 

Elles  sont  indépendantes  les  unes  des  autres.  J’ai  souvent  pu  en 
isoler  complètement  un  grand  nombre  par  une  dissection  attentive. 
Notre  manière  de  préparer  les  glandes  est  très-favorable  à ce  genre 
d’étude;  car  le  tissu  cellulaire  intermédiaire  est  complètement  géla- 
tinifié  et  permet  ainsi  d’écarter  facilement  les  différents  éléments  de 
la  glande. 

Un  grossissement  de  quatre  diamètres  suffit  d’ailleurs  pour  le  con- 
stater sur  les  glandes  comprimées  entre  deux  lames  de  verre. 

Elles  varient  entre  elles,  comme  les  conduits  excréteurs  qui  leur 
font  suite.  Il  y en  a de  moyennes,  de  grosses  et  de  petites.  Les  plus 


22 


petites  ont  à peine  le  volume  de  la  tête  d’une  épingle;  les  plus 
grosses  peuvent  avoir  jusqu’à  1 centimètre  de  diamètre. 

Plusieurs  fois,  à l’extrémité  externe  de  la  glande,  j’en  ai  rencontré 
un  groupe  de  quatre  ou  cinq,  éloignées  l’une  de  l’autre  d’environ 
1 millimètre.  Elles  démontrent  bien  la  disposition  respective  de 
toutes  les  glandules  qui,  par  leur  agglomération,  constituent  la 
glande  dite  sublinguale . 

Elles  ont  généralement  une  forme  pyramidale;  vont  se  rétrécis- 
sant assez  régulièrement  de  leur  base,  vers  leur  sommet  constitué 
par  le  canal  excréteur.  Ce  dernier  est  déjà  distinct,  que  l’on  voit 
encore,  sur  une  partie  de  son  étendue , des  acini  venir  s’y  rendre 
symétriquement  de  chaque  côté,  ce  qui,  au  premier  abord,  rappelle 
assez  l’aspect  des  glandes  de  Meïbomius. 

A l’extrémité  interne  de  la  glande,  il  existe  souvent  quelques 
glandes  plus  volumineuses  que  les  autres,  et  donnant  naissance  à 
un  canal  excréteur  également  plus  volumineux.  Ce  sont  ces  canaux 
placés  de  chaque  côté  du  frein  de  la  langue  que  la  plupart  des  ana- 
tomistes son  parvenus  à injecter.  Le  diamètre  beaucoup  plus  petit 
de  la  plupart  des  autres  a empêché  de  les  reconnaître  et  de  les  dé- 
crire jusqu’à  présent. 

Qu’enlend-on,  chez  l’homme,  sous  le  nom  de  canal  de  Bartholin? 

C’est  un  conduit  situé  à l’extrémité  interne  de  la  glande,  qui  ne 
mérite  pas  une  dénomination  particulière  en  considérant  : 

1°  Que  Bartholin  ne  l’a  jamais  vu,  ni  décrit  chez  l’homme. 

2°  Oue  le  canal  est  loin  d’être  constant;  qu’il  existe  quelquefois 
d’un  côté  et  non  de  i’autre.  Nuek  avait  déjà  reconnu  ce  fait,  puis- 
qu’il considérait  sa  présence  comme  une  anomalie. 

3°  Que  ce  canal,  lorsqu’il  existe,  ne  diffère  des  autres  que  par  sa 
direction  plus  oblique  en  dedans,  parallèle  à celui  de  Warthon,  et 
par  son  volume  un  peu  plus  considérable.  Au  lieu  d’un  seul,  il  existe 
quelquefois  deux  ou  trois  conduits  analogues,  qui  constituent  le 
groupe  interne  dont  nous  avons  parlé. 


Dans  tous  les  cas,  lorsqu’il  existe,  nous  ne  l’avons  jamais  vu  s’ou- 
vrir par  un  orifice  commun  avec  le  canal  de  Wârthon. 

De  ce  qui  précède,  je  crois  pouvoir  conclure  que  chez  l’homme  : 

1°  La  glande  sublinguale  n’est  pas,  comme  on  a paru  le  croire 
jusqu’à  présent,  une  glande  unique,  parfaitement  délimitée,  com- 
parable aux  glandes  sous-maxillaire  et  parotide  auxquelles  elle  est 
généralement  associée.  C’est  un  groupe  de  glandes  en  grappe,  dis- 
tinctes les  unes  des  autres,  munies  chacune  d’un  canal  excréteur  spé- 
cial. Elles  ne  diffèrent  des  autres  glandes  buccales  que  par  leur  vo- 
lume, leur  groupement,  et  leur  situation  symétrique  de  chaque  côté 
du  frein  de  la  langue.  M.  A.  Bernard  enseigne  que  la  sécrétion  de 
ces  deux  ordres  de  glandes  est  identique.  Il  conviendrait  donc  de  les 
appeler  glandes  sublinguales. 

2°  Le  nombre  des  conduits  excréteurs  est  éminemment  variable  : 
il  oscille  entre  15  et  30. 

Structure  de  la  glande  sublinguale  chez  le  bœuf  et  chez  le  cheval. 

INous  avons  voulu  rechercher  si  chez  les  grands  animaux,  tels  que 
le  bœuf  et  le  cheval , nous  ne  trouverions  pas  plus  tranchés  les  ca- 
ractères que  nous  avons  assignés  à la  glande  sublinguale  de  l’homme. 
INous  sommes  arrivé,  sous  ce  rapport,  à un  résultat  complet. 

La  glande  du  bœuf  présente  en  effet  une  multitude  de  conduits 
excréteurs  faisant  suite  à autant  de  glandes,  toutes  indépendantes 
les  unes  des  autres.  On  a lieu  d’être  étonné  en  voyant  Aï.  Colin  (d’Al- 
fort)  représenter,  dans  son  livre  de  physiologie,  une  glande  de  bœuf 
avec  quatorze  conduits  verticaux  qu’il  appelle  vicieusement  conduits 
de  Riyinus,  quoique  ce  dernier  ne  les  ait  jamais  vus. 

Les  anatomistes  vétérinaires  n’ont  pas  été  plus  heureux  pour  dé- 
terminer le  nombre  des  conduits  excréteurs  de  la  glande  du  cheval. 
M.  Colin  se  lait  à ce  sujet.  M.  Chauveau  fixe  le  nombre  à 15  ou  20. 
MM.  Rigault  et  Lavocat  disent  vaguement  qu’il  y en  a une  multitude , 
sans  les  figurer. 


— 24  — 

J'ai  présenté  à la  Société  de  biologie  des  glandes  de  cheval  sur  les- 
quelles on  pouvait  compter  80  conduits  et  plus. 

Une  différence  très-importante  à signaler  entre  les  glandes  sub- 
linguales de  ces  deux  animaux,  c’est  que  le  cheval  ne  présente  pas 
la  glande  dite  de  Rivinus  ou  de  Bartholin,  mais  seulement  la  portion 
verticale  avec  ses  conduits  multiples. 

En  admettant  chez  le  bœuf  deux  portions  de  glandes,  l'une  hori- 
zontale, n’ayant  qu’un  conduit  excréteur,  l’autre  verticale,  qui  en 
présente  beaucoup,  on  a constaté  un  fait  anatomique;  maison  est 
tombé  dans  l'erreur  en  considérant  la  première  comme  principale, 
et  la  seconde  comme  accessoire.  Car  il  est  de  toute  évidence  que  la 
somme  des  conduits  et  des  glandes  multiples  l’emporte  de  beaucoup 
sur  la  glande  de  Bartholin. 

D’ailleurs  l’existence  chez  le  cheval  de  la  portion  multiple  toute 
seule  prouve  bien  qu’elle  constitue  la  partie  fondamentale  de  la 
glande  sublinguale  chez  les  animaux  comme  chez  l’homme. 

Déductions  pathologiques. 

La  grenouillelle  est,  ainsi  qu’on  le  sait,  une  tumeur  siégeant  dans 
le  plancher  de  la  bouche,  au-dessous  de  la  langue,  au  point  même 
ou  se  trouve  la  glande  sublinguale. 

Sa  nature  a de  tout  temps  exercé  la  sagacité  des  anatomo-patholo- 
gistes. Une  discussion  soulevée  à ce  sujet  à la  Société  de  chirurgie,  il 
y a quelques  années,  ne  parvint  pas  à mettre  d’accord  les  chirurgiens 
sur  le  siège  précis  de  cette  affection.  Cela  ne  doit  point  surprendre, 
puisque  la  structure  de  l’organe  principal  de  la  région  sublinguale 
était  très-imparfaitement  connue. 

■ Pour  nous,  la  grenouillelte  est  due  à la  dilatation  d’un  des  con- 
duits excréteurs  de  la  glande  sublinguale,  par  suite  de  l’oblitération 
de  l’orifice  de  ce  conduit. 

L’oblitération  est  probablement  due  à la  concrétion  des  principes 
salivaires,  et  elle  s’obtient  d’autant  plus  facilement  que  l’embouchure 


— 25  — 

des  conduits  est  très-étroite.  M.  Bernard  m’a  dit  avoir  trouvé  fré- 
quemment , et  j’ai  moi -même  rencontré  sur  des  chevaux  plusieurs 
conduits  oblitérés  par  des  calculs,  et  ayant  subi  en  arrière  de  l’obs- 
tacle un  commencement  de  dilatation. 

M.  Nélaton  dit  que,  dans  des  cas  de  grenouillette,  il  a vu  la  salive 
sortir  encore  par  les  conduits  excréteurs  quand  il  excitait  la  sécré- 
tion salivaire;  que,  par  conséquent,  le  siège  de  la  maladie  ne  peut 
pas  être  dans  l’intérieur  de  la  glande.  Mais  cette  objection  ne  sau- 
rait subsister,  puisque  la  sublinguale  présente  de  15  à 30  conduits 
excréteurs  indépendants  l’un  de  l’autre. 

Les  malades  atteints  de  grenouillette  n3  viennent  réclamer  les 
soins  de  la  chirurgie  que  lorsque  la  tumeur  a déjà  pris  un  certain 
développement.  Or  la  tumeur  a une  marche  lente  ; elle  comprime 
peu  à peu  les  parties  voisines,  c’est-à-dire  les  autres  éléments  glan- 
duleux , les  atrophie,  et  finit  par  occuper  la  place  destinée  à la 
glande.  La  poche  présente  alors  tous  les  caractères  des  simples  kystes 
séreux  ou  muqueux  ; il  n’est  donc  pas  étonnant  qu’on  les  ait  confon- 
dus alors  que  l’on  ne  connaissait  pas  la  structure  de  la  glande. 

La  grenouillette  n’est  pas  due  à la  dilatation  du  conduit  de  War- 
thon;  car,  comme  l’a  fait  remarquer  M.  Giraldès  à la  Société  de 
biologie,  la  tumeur,  dans  ce  cas,  fait  saillie  sous  la  mâchoire  et 
non  dans  la  bouche,  en  sorte  qu’il  y aurait  pour  ce  chirurgien  deux 
sortes  de  grenouillettes , l’une  sous  - maxillaire  et  l’autre  sublin- 
guale. 

Nous  trouvons  dans  la  structure  de  la  glande  tout  ce  qu’il  faut 
pour  expliquer  la  tumeur  : un  tube  excréteur  très-étroit,  susceptible 
de  s’oblitérer;  derrière  ce  tube,  un  organe  sécréteur  dont  l’action 
est  incessante. 

L’analogie  nous  autorise  d’ailleurs  pleinement  à adopter  cette  ma- 
nière de  voir.  En  effet,  les  loupes  du  crâne,  si  fréquentes,  ne  sont- 
elles  pas  dues  à la  dilatation  du  conduit  excréteur  préalablement 
oblitéré  d’un  follicule  sébacé?  D’autres  exemples  ne  nous  manque- 
raient pas  en  chirurgie. 

1 802.  — 'filiaux. 


4 


Nous  sommes  heureux  de  dire  en  terminant  que  notre  opinion  a 
été  admise  par  les  auteurs  du  Compendium  de  chirurgie. 

« L’analogie  avec  ce  qui  se  passe  sur  d’autres  surfaces]  tégumen- 
taires  autorise  à penser,  avec  M.  Tillaux  , que  l’origine  du  mal  est 
l’oblitération  du  goulot  d’un  de  ces  petits  organes  sécréteurs , et 
l’accumulation  progressive  du  liquide  dans  la  cavité  »(t.  III,  p.  723). 


— 27  — 


2°  Des  conduits  excréteurs  de  la  $laudc  lacrymale  chez 
l'homme  et  chez  quelques  vertébrés. 


1°  Chez  l'homme. 

La  science  était  loin  d’être  fixée  à l’endroit  de  la  structure  de  la 
glande  lacrymale , lorsque  celte  question  nous  fut  donnée  pour  le 
concours  d’aide  d’anatomie  de  1859. 

Sans  nous  préoccuper  de  l’opinion  des  anciens  anatomistes  , tels 
que  Santorini,  Morgagni,  Zinn,  Haller,  et  bien  que  Mouro  le  fils  ait 
prétendu  avoir  injecté  deux  conduits  excréteurs  au  mercure,  arri- 
vons tout  de  suite  aux  deux  travaux  modernes  les  plus  importants, 
celui  de  M.  Gosselin  en  1843  et  de  M.  Sappey  en  1852(1). 

On  sait  que  la  glande  lacrymale  est  divisée  en  deux  portions  par- 
faitement distinctes  quant  à leur  siège  et  leurs  rapports  : l’une, 
la  plus  volumineuse,  qui  forme  le  corps  proprement  dit,  située  dans 
la  cavité  de  l’orbite;  l’autre,  étalée,  aplatie,  logée  dans  l’épaisseur 
de  la  paupière  supérieure,  à la  partie  externe  et  dans  un  dédouble- 
ment de  l’aponévrose  orbitaire. 


(t)  M.  Béraud  a lu  à la  Société  de  biologie,  le  29  mai  1858,  uue  note  sur  les 
glandes  lacrymales. 

Son  opinion  diffère  assez  peu  de  celle  de  M.  Gosselin  pour  que  nous  n’ayons 
pas  cru  devoir  la  mentionner;  on  peut  s’eu  convaincre  par  les  citations  suivantes  : 
« Pour  celte  glande , nous  avons  deux  canaux  seulement,  ayant  une  direction 
paralèlle  vers  le  cul-de-sac  oculo-palpébral.»  Et  plus  loin  : 

«Ce  qu’il  y a de  constant,  c’est  le  nombre  des  conduits  de  la  glande  orbitaire  ; 
ce  qu’il  y a de  variable  , c’est  celui  du  groupe  palpébral.»  M.  Gosselin  était  ar- 
rivé aux  mêmes  conclusions. 

M.  Béraud  fixe  entre  8 et  15  le  nombre  des  conduits  du  groupe  palpébral;  pour 
M.  Gosselin,  il  variait  entre  6 et  8.  C’est  là  tout  le  changement  que  M.  Béraud 
a apporté  à la  description  de  M.  Gosselin. 


— 28  — 

M.  Gosselin  trouva  que  ces  deux  portions,  orbitaire  et  palpébrale, 
étaient  munies  de  conduits  excréteurs  distincts,  2 pour  la  pre- 
mière, 6 à 8 pour  la  seconde;  ces  deux  ordres  de  conduits  ne  com- 
muniquant point  entre  eux. 

M.  Sappey  trouva,  au  contraire,  que  ces  deux  portions  étaient 
intimement  confondues  , en  sorte  que  les  conduits  excréteurs  de  la 
portion  principale  recevaient , chemin  faisant , ceux  de  la  portion 
accessoire,  à l’exception  d’un  ou  deux  qui  s’ouvraient  isolément  sur 
la  muqueuse.  Ces  deux  anatomistes  avaient  employé  le  même  pro- 
cédé pour  leurs  recherches,  l’injection  au  mercure. 

Comment  expliquer  cette  divergence?  Nous  allons  démontrer  plus 
loin  qu’on  en  trouve  la  raison  dans  les  variétés  que  présente  la 
glande.  Les  injections  au  mercure  ne  peuvent  donner  un  résultat 
complet.  Il  est  impossible,  en  effet,  même  avec  la  plus  grande  ha- 
bitude, d’introduire  le  tube,  si  fin  qu’il  soit,  dans  l’orifice  de  tous  les 
conduits  excréteurs;  il  me  paraît  surtout  impossible  d'affirmer  que 
tous  les  conduits  aient  été  injectés  de  cette  manière. 

Aussi  n’est-il  pas  étonnant  que  MM.  Gosselin  et  Sappey,  tout  en 
différant  d’opinion  , ne  soient  pas  arrivés  à des  résultats  parfaite- 
ment exacts. 

J’ai  employé  pour  l’étude  de  la  glande  lacrymale  le  procédé  qui 
m’avait  servi  à trouver  les  conduits  de  la  sublinguale  , à savoir:  la 
macération  plus  ou  moins  prolongée  dans  l’acide  tartrique,  et  la 
compression  entre  deux  lames  de  verre  (1). 

L’observation  attentive  d’un  grand  nombre  de  glandes  lacry- 
males, m’a  permis  d’en  reconnaître  deux  variétés  principales. 

1°  La  portion  lacrymale  et  la  portion  palpébrale  sont  simplement 
contiguës.  Les  conduits  de  chacune  de  ces  portions  sont  distincts  et 
vont  s’ouvrir  isolément  sur  la  muqueuse. 


(1)  Les  préparations  sur  l’homme  et  les  animaux,  qui  m’ont  servi  à rédiger  ce 
travail,  sont  déposées  au  musée  de  la  Faculté. 


Celte  variété  se  rencontre  le  plus  souvent;  sur  15  glandes  dé- 
posées au  musée  de  la  Faculté,  13  offrent  celte  disposition.  Dans 
ses  recherches,  mon  illustre  maître,  M.  Gosselin,  n’avait  rencontré 
que  cette  variété,  et  sa  description  était  donc  exacte  sous  ce  rap- 
port; mais  il  s’était  trompé  en  limitant  à 2 le  nombre  des  conduits 
excréteurs  de  la  portion  principale.  J’en  ai  constamment  rencontré 
plus  de  2;  ce  nombre  varie  de  3 à 5.  Le  nombre  des  glandes  de  la 
portion  palpébrale  varie  aussi  de  4 à 12;  souvent  on  rencontre,  soit 
sur  le  bord  interne,  soit  sur  le  bord  externe  de  la  glande,  un  petit 
groupe  de  glandules  beaucoup  plus  petites  que  les  autres,  au  nombre 
de  4 ou  5,  et  qui  ont  chacune  un  conduit  spécial , très-apparent  à 
l’aide  du  procédé  dont  je  me  suis  servi.  Il  est  matériellement 
impossible  d’injecter  ces  conduits  avec  le  mercure. 

C’est  là  une  variété  principale  de  la  glande  ; mais  je  dois  dire  que 
tout  en  se  rapprochant  plus  ou  moins  complètement  du  type  que 
je  viens  de  décrire,  les  glandes  qui  appartiennent  à ce  groupe  dif- 
fèrent les  unes  des  autres  par  le  nombre  et  la  disposition  des  con- 
duits. Je  n’ai  pas  rencontré  deux  glandes  lacrymales  ayant  une 
disposition  identique  non-seulement  chez  des  sujets  différents, 
mais  encore  d’un  côté  à l’autre  ; aussi  j’attache  une  faible  impor- 
tance au  nombre  exact  des  conduits  excréteurs  : car  ici,  comme 
pour  la  glande  sublinguale,  le  volume  supplée  au  nombre  et  réci- 
proquement. 

Seconde  variété. 

Les  portions  lacrymale  et  palpébrale  sont  continues,  c’est-à-dire 
que  les  conduits  de  la  première  reçoivent  dans  leur  trajet  les  con- 
duits de  la  seconde,  mais  seulement  une  partie  de  ces  derniers  ; car 
on  rencontre  toujours,  soit  entre  les  conduits  principaux,  soit  aux 
bords  interne  et  externe  de  la  glande,  une  ou  plusieurs  glandules 
isolées,  munies  d’un  conduit  excréteur  distinct,  et  qui  représentent 
la  portion  lacrymale. 


— 30  — 


Cette  seconde  variété  est  plus  rare  que  la  précédente  ; c’est 
celle  qu’avait  rencontrée  M.  Sappey  dans  ses  recherches. 

Ce  qui  précède  nous  rend  parfaitement  compte  des  opinions  qui 
régnaient  dans  la  science.  Les  deux  variétés  indiquées  par  MM.  Gos- 
selin et  Sappey  existent,  dans  des  proportions  inégales,  il  est  vrai. 
Ces  deux  illustres  anatomistes  avaient  eu  le  tort  d’être  trop  exclu- 
sifs, ce  que  l’on  conçoit  très-bien  en  songeant  aux  difficultés  d’une 
bonne  injection  mercurielle,  ce  qui  empêchait  de  multiplier  les 
recherches  pour  confronter  les  résultats. 

De  plus  le  nombre  des  conduits  indiqués  par  ces  auteurs  est  loin 
d’être  toujours  exact,  fait  peu  important  d’ailleurs  ; je  pense  en  effet 
que  pour  se  faire  une  idée  rigoureuse  de  la  structure  de  la  glande 
lacrymale,  il  suffit  de  se  rappeler  qu’elle  présente  deux  types  prin- 
cipaux, suivant  que  les  deux  portions  sont  simplement  continues  ou 
contiguës,  et  un  grand  nombre  de  variétés  se  rattachant  à ces 
types. 

Structure  de  la  glande  lacrymale  chez  quelques  vertébrés. 

Pour  contrôler  les  résultats  obtenus  chez  l’homme,  j’ai  étudié  la 
glande  lacrymale  de  plusieurs  vertébrés. 

Le  mouton,  le  chien,  le  veau,  le  cerf,  ont  principalement  servi  à 
celte  étude. 

Le  fait  qui  m’a  d’abord  frappé,  c’est  que  la  glande  lacrymale  de 
ces  animaux  ne  présente  qu’une  portion  lacrymale,  et  pas  de  por- 
tion palpébrale. 

Je  citerai  un  fait  qui  démontre  surabondamment  que  les  diffé- 
rentes opinions  trouvent  souvent  leur  cause  dans  le  trop  petit 
nombre  d’observations  de  leurs  auteurs.  Chez  le  veau,  quelques- 
uns  admettent  douze  conduits  excréteurs;  d’autres,  traitant  d’exa- 
gération ce  résultat,  n’en  décrivent  que  cinq.  Eh  bien  ! sur  un  veau 
dont  j’ai  étudié  les  glandes  lacrymales,  j’ai  trouvé  douze  conduits 
d’un  côté  et  cinq  seulement  du  côté  opposé  (n°  ). 


— 31 


Je  n’ai  constamment  trouvé  que  deux  conduits  excréteurs  chez  le 
mouton;  ils  sont  très-gros,  faciles  à voir  et  à injecter  au  mercure; 
peut-être  est-ce  cette  disposition  très-bien  vue  par  M.  Gosselin,  qui 
l’avait  engagé  à n’admettre  par  analogie  que  deux  conduits  princi- 
paux chez  l’homme. 

Le  chien  ne  m’a  offert  que  deux  conduits  ; quelquefois  une  ou 
deux  petites  glandules,  rudiments  de  la  portion  palpébrale. 

Chez  le  cerf,  j’ai  trouvé  de  onze  à douze  conduits,  parfaitement 
symétriques,  venant  s’ouvrir  sur  un  même  sillon  très-manifeste. 

Mais  les  animaux  présentent  encore  une  autre  glande,  que  l’on 
désigne  sous  le  nom  de  glande  de  Harder,  à tort  suivant  nous,  puis- 
que Harder,  que  nous  avons  lu  (lettre  imprimée  dans  les  Actes  des 
Erudits  de  Leipsick,  mois  de  février  1694),  ne  la  décrit  que  chez  les 
cerfs  et  chez  les  biches,  et  spécifie  qu’on  ne  la  rencontre  que  sur 
ces  animaux. 

A l’exception  des  oiseaux  chez  lesquels  elle  offre  un  conduit  ex- 
créteur unique  et  très-volumineux,  je  n’ai  pas  trouvé  de  conduits 
excréteurs  chez  le  mouton,  le  veau,  le  cochon  d’Inde,  le  lapin,  et 
même  le  cerf,  bien  que  Harder  ait  représenté  dans  deux  planches  le 
conduit  excréteur  chez  ces  derniers  animaux. 

Je  n’oserais  cependant  pas  encore  affirmer  qu’il  n’y  a pas  de  con- 
duit, mais  dans  tous  les  cas,  ces  glandes  ne  ressemblent  ni  par  la 
couleur  ni  par  la  consistance  aux  glandes  en  grappe  ordinaires  ; 
elles  se  rapprochent  beaucoup  plus,  au  microscope  et  à l’œil  nu,  de 
la  structure  du  thymus. 


3°  Du  rôle  des  sinus  de  la  face. 


Nous  diviserons  ce  travail  en  trois  chapitres  : 

Dans  un  premier  chapitre,  nous  étudierons  le  développement  des 
sinus  de  la  face,  et  celui  du  sinus  frontal  en  particulier. 

Un  deuxième  chapitre  contiendra  l’examen  et  la  réfutation  des 
principales  opinions  émises  sur  la  physiologie  des  sinus. 

Dans  le  troisième  chapitre,  nous  indiquerons  quel  est,  suivant 
nous,  le  rôle  physiologique  de  ces  sinus. 


CHAPITRE  1er. 

DÉVELOPPEMENT  DES  SINUS  DE  LA  FACE  , DTJ  SINUS  FRONTAL  EN 

PARTICULIER. 

La  face  de  l’homme  adulte  est  creusée  de  grandes  cavités  ou  sinus 
développés  dans  l’épaisseur  des  os  qui  la  constituent. 

Ce  sont  les  sinus  maxillaire  et  frontal. 

Lue  troisième  cavité,  sinus  sphénoïdal,  située  dans  l’épaisseur 
du  sphénoïde,  nous  semble  devoir  être  plutôt  rattachée  à la  base 
du  crâne  qu’à  la  face. 

Si  l'anatomie  des  sinus,  leur  forme,  leur  situation,  leur  structure, 
sont  bien  décrites  dans  les  livres  classiques,  il  n’en  est  pas  de  même 
de  leur  développement.  Il  est  remarquable  que  les  auteurs  qui  ont 
cherché  à établir  le  rôle  physiologique  des  sinus  se  soient  si  peu  pré- 
occupés de  l’époque  à laquelle  ils  apparaissent  et  de  leur  mode 
d’accroissement. 

Il  n’y  a pas  de  doute  pour  le  sinus  maxillaire.  Il  existe  à la  nais- 


— 33  — 

sance  sous  la  forme  d’une  petite  fente  antéro-postérieure;  il  s’accroît 
peu  dans  les  premières  années  de  la  vie,  augmente  d’une  manière 
beaucoup  plus  sensible  d l’époque  de  la  puberté.  Sa  cavité  continue  à 
s’accroître  dans  l’âge  adulte  pour  acquérir  son  maximum  de  déve- 
loppement dans  la  vieillesse.  On  sait  qu’alors  les  parois  du  sinus  ne 
sont  plus  constituées  que  par  des  lames  osseuses  très-minces,  qui  se 
brisent  avec  la  plus  graude  facilité. 

Le  sinus  sphénoïdal  n’existe  pas  à la  naissance;  il  apparaît  plus 
tardivement,  vers  l’âge  de  20  à 22  ans. 

C’est  spécialement  sur  le  développement  des  sinus  frontaux  qu’ont 
porté  nos  recherches.  Les  assertions  les  plus  opposées  existent  à ce 
sujet  dans  les  livres  classiques,  et  c’est  ce  qui  nous  a engagé  à en- 

treurendre  ce  travail. 

■ 

On  trouve  dans  V Anatomie  chirurgicale  de  M.  Malgaigne  ( t.  I , 
p.  635)  : 

« C’est  vers  l’âge  de  30  à 40  ans  que  se  développent  les  sinus  fron- 
taux. » 

Dans  V Anatomie  de  M.  Cruveilhier  (t.  I,  p.  119): 

«Les  sinus  frontaux  commencent  à apparaître  dans  le  cours  de  la 
première  année.  » 

On  ne  saurait  guère  voir  une  opposition  plus  complète. 

M.  Richet  (Anatomie  chirurgicale,  lre  édit,  t.  I , p.  274)  ne  se  pro- 
nonce pas  sur  l’époque  exacte  de  leur  apparition. 

«Presque  nuis,  dit-il,  chez  les  adultes,  les  sinus  frontaux  sont 
d’autant  plus  larges  et  plus  spacieux,  qu’on  les  examine  chez  des  in- 
dividus plus  avancés  en  âge.  » 

Boyer,  beaucoup  plus  réservé  ( Ânat . descript. , t.  I,  p.  98),  dit 
que  les  sinus  frontaux  n’existent  pas  encore  chez  les  enfants.  Ils  se 
forment  avec  l’âge,  sans  que  l’on  sache  quelle  peut  être  la  cause  de 
leur  développement. 

11  résulte  d’un  grand  nombre  de  recherches  que  nous  avons  entre- 
prises sur  ce  sujet,  pour  un  concours  d’aide  d’anatomie  à la  Faculté, 
eu  1858,  qu’aucune  de  ces  opinions  n’est  exacte. 

1862.  — Tillaux. 


5 


— 34  — 


En  effet , on  ne  rencontre  pas  trace  de  sinus  frontaux  à la  nais- 
sance, et  d’autre  part,  nous  avons  déposé  au  musée  Orfila  plusieurs 
pièces  provenant  de  sujets  âgés  de  18  à 22  ans,  sur  lesquelles  ces  si- 
nus étaient  très-développés.  Nous  en  avons  sous  les  yeux  provenant 
d’enfants  de  14  , 15  et  16  ans,  où  l’on  pourrait  introduire  aisément 
un  haricot;  nous  n’en  avons  jamais  trouvé  avant  1 0 ou  11  ans.  En 
sorte  que  nous  croyons  pouvoir  fixer  l’époque  d’apparition  des 
sinus  frontaux  à l’âge  de  1 1 à 13  ans,  c’est-à-dire  à ce  moment  de 
la  vie  où  l’économie  subit  cette  série  de  modifications  qui  constituent 
la  puberté.  Ils  continuent  à s’accroître  , mais  dans  des  proportions 
très-variables,  tantôt  s’étendant  au  loin  dans  toutes  les  directions, 
tantôt  limités  à un  petit  espace.  Enfin  il  est  des  sujets  chez  lesquels 
ils  n’apparaissent  jamais. 

Quelle  marche  suivent-ils  dans  leur  développement? 

La  table  interne  du  frontal  est-elle  refoulée  en  arrière,  comme  le 
prétendait  Gall , ou  bien  est-ce  la  table  externe  qui  se  porte  en  avant, 
selon  l’opinion  de  Bichat  et  de  M.  Parchappe?  La  question  nous 
parait  fort  difficile  à juger.  Se  développent-ils  de  haut  en  bas  ou  de 
bas  en  haut?  Il  nous  a semblé  que  la  raréfaction  du  tissu  osseux 
commençait  d’abord  entre  les  deux  lames  du  frontal,  et  que  la  ca- 
vité ainsi  formée  ne  communiquait  que  consécutivement  avec  les 
fosses  nasales. 

En  résumé,  le  sinus  maxillaire  apparaît  dès  la  naissance,  et  le 
sinus  frontal  de  1 1 à 13  ans,  mais  l’on  ne  saurait  être  frappé  du 
rapport  qui  existe  entre  le  développement  de  ces  deux  grandes  ca- 
vités et  l’époque  de  la  puberté. 


— 35  — 


CHAPITRE  IL 

EXAMEN  ET  RÉFUTATION  DES  PRINCIPALES  OPINIONS  ÉMISES  SUR 
LA  PHYSIOLOGIE  DES  SINUS. 

L’opinion  la  plus  généralement  admise  par  les  auteurs , c’est  que 
les  sinus  sont  intimemeut  liés  à l’organe  de  l’olfaction. 

Ils  contribueraient  à la  perfection  de  ce  sens  de  différentes  ma- 
nières : 1°  en  augmentant  l’étendue  de  la  surface  destinée  à rece- 
voir l’impression;  2°  en  sécrétant  un  mucus  qui  maintient  la  pitui- 
taire dans  l’état  d’humidité  nécessaire  pour  qu’elle  puisse  remplir 
ses  fonctions;  3°  en  emmagasinant  dans  leur  cavité  l’air  chargé  de 
molécules  odorantes , cet  air  sortant  ensuite  pour  prolonger  l’im- 
pression. 

Les  auteurs  de  ces  différentes  théories  les  admettent  sans  aucune 
explication  ni  preuve  à l’appui,  ou  bien  s’autorisent  de  faits  mal 
établis. 

Pour  nous,  les  sinus  ne  sont  liés  ni  directement  ni  indirectement 
à l'olfaction  ; pour  le  démontrer,  nous  invoquerons  plusieurs  ordres 
de  preuves  : preuves  anatomiques , physiologiques,  pathologiques  ; 
preuves  tirées  de  leur  développement  et  de  l’anatomie  comparée. 

Preuves  anatomiques.  Des  organes  destinés  à remplir  une  même 
fonction  doivent  nécessairement  présenter  la  même  structure. 

L’organe  essentiel  de  l’olfaction  est  la  pituitaire;  or  voyons  si 
celte  muqueuse  présente  de  l’analogie  avec  celle  des  sinus  de  la 
face. 

Sans  parler  de  la  couleur  qui  n’est  pas  la  même , la  pituitaire  est 
très-épaisse,  la  plus  épaisse  des  muqueuses  de  l’économie  avec  celle 
de  l’utérus  ; là  muqueuse  des  sinus  est  extrêmement  mince,  si  mince 
que  dans  les  sinus  frontaux  on  ne  peut  l’enlever  que  par  petits  lam- 
beaux. 


— 36  — 


La  pituitaire  est  tomenteuse  à sa  surface,  couverte  de  villosités; 
la  muqueuse  des  sinus  ne  présente  rien  de  semblable. 

La  pituitaire  est  extrêmement  riche  de  glandes  eu  grappe  très- 
volumineuses  ; on  en  trouve  bien  un  certain  nombre  dans  les  sinus 
maxillaires,  mais  peu  ou  point  dans  les  sinus  frontaux  et  sphénoï- 
daux ; encore  sont-elles  beaucoup  plus  petites  que  celles  de  la  pi- 
tuitaire. 

Cette  dernière  est  très-vasculaire,  des  injections  même  peu  pé- 
nétrantes développent  dans  son  épaisseur  un  réseau  d’une  admi- 
rable richesse  ; on  voit  à peine  quelques  vaisseaux  dans  la  mu- 
queuse des  sinus  après  les  injections  le  mieux  réussies. 

La  partie  essentielle  d’un  organe  des  sens  est  le  nerf  chargé  de 
recevoir  l’impression  extérieure  et  de  la  transmettre  au  cerveau  ; 
aussi  la  membrane  pituitaire  a-t-elle  un  nerf  volumineux,  le  nerf 
olfactif,  qui  s’y  distribue  en  gros  filets  entre-croisés  formant  des 
mailles  nombreuses. 

La  muqueuse  des  sinus  ne  contient  pas  de  nerfs;  les  recherches 
les  plus  minutieuses  n’ont  pu  faire  découvrir  un  seul  filet  nerveux 
dans  son  épaisseur.  Il  est  donc  impossible  d’admettre  que  cette 
membrane  soit  destinée  à recevoir  une  impression  quelconque , 
puisque  la  présence  des  nerfs  est  une  condition  indispensable. 

Nous  croyons  donc,  d’après  les  raisons  qui  précèdent,  pouvoir 
rejeter  complètement  l’opinion  des  physiologistes  qui  ne  voient 
dans  les  cavités  sinueuses  de  la  face  qu’une  extension  de  la  surface 
olfactive. 

Mais,  dit-on,  la  pituitaire  a besoin  d’être  incessamment  lubréfiée 
pour  pouvoir  subir  l’impression  ; les  cavités  de  la  face  sont  destinées 
à sécréter  un  liquide  qui,  tombant  dans  les  fosses  nasales,  entre- 
tient cette  lubréfaclion. 

Celte  opinion  ne  nous  semble  pas  plus  exacte  que  la  précé- 
dente. 

En  effet,  nous  avons  vu  que  c’est  à peine  si  l’on  rencontre  quel- 
ques glandules  dans  les  sinus  frontaux  et  sphénoïdaux,  et  d’ailleurs 


37  — 


peut-on  admettre  que  la  nature  ait  creusé  la  face  de  grandes  ca- 
vités pour  arriver  aux  résultats  qu’elle  obtient  dans  d’autres  points 
de  l’économie  par  des  moyens  si  simples?  Examinons  par  exemple 
l’entrée  du  vagin  : il  existe  là  une  glande  assez  volumineuse,  la 
glande  de  Bartholiu , occupant  un  petit  espace,  et  venant  déverser 
son  produit  par  un  conduit  excréteur  à la  surface  de  la  muqueuse. 

La  même  disposition  aurait  sans  nul  doute  existé,  si  la  membrane 
pituitaire  ne  recélail  dans  son  épaisseur  la  quantité  de  glandes  né- 
cessaire pour  entretenir  l’humidité  dont  elle  a besoin. 

Les  sinus,  disait  P.  Bérard,  sont  des  réservoirs  dans  lesquels  s’ac- 
cumule l’air  chargé  de  molécules  odorantes  ; l’impression  de  l’odeur 
est  fugitive;  sa  prolongation  résulte  de  ce  que  l’air  sortant  des 
sinus  revient  se  mettre  en  contact  avec  le  nerf  olfactif. 

On  peut  tout  au  plus  dire  que  cette  théorie  est  ingénieuse,  car 
elle  ne  saurait  en  aucune  façon  être  démontrée. 

Ce  souvenir  d’une  odeur,  qu’on  me  passe  l’expression,  n’est  pas 
chose  commune.  Un  des  caractères  de  l’impression  olfactive  est 
d’être  rapide  et  de  disparaître  rapidement  ; mais,  lorsqu’elle  se  pro- 
longe, est-il  nécessaire  d’invoquer  pour  cela  la  présence  des  sinus? 
Non  certainement.  Lorsqu’une  odeur  très-forte  arrive  au  contact  de 
la  pituitaire,  l’impression  qu’elle  produit  est  de  plus  longue  durée, 
mais  ce  n’est  pas  là  un  fait  particulier  à l’odorat.  Lorsque  la  rétine 
ou  le  nerf  auditif  reçoivent  une  forte  ondée  lumineuse  ou  sonore, 
ne  conservent-ils  pas  plus  longtemps  l’impression  que  dans  l’état 
contraire?  C’est  un  fait  vulgaire  que  chacun  observe  tous  les  jours 
sur  soi-même;  on  ne  saurait,  dans  ce  cas,  l’expliquer  par  l’existence 
de  cavités  situées  dans  le  voisinage  de  l’organe.  Non-seulement  celte 
théorie  est  improbable,  je  la  crois  de  plus  impossible.  On  conçoit 
très-bien  que,  dans  un  mouvement  d’inspiration  , l’air  pénètre  dans 
les  fosses  nasales  et  leurs  arrière-cavités;  mais  par  quel  mécanisme 
en  sort-il  ?'  Les  seuls  agents  d’expulsion  sont  une  cavité  osseuse , 
et  partant  inextensible. 

11  est  probable  d’ailleurs  que  les  particules  odorantes  ne  peuvent 


— 38  — 

séjourner  dans  les  sinus,  et  qu’elles  y sont  immédiatement  ab- 
sorbées. 

Preuves  physiologiques . On  trouve  dans  tous  les  traités  de  phy- 
siologie que  des  substances  odorantes  ont  été  portées  directement 
sur  la  muqueuse  des  sinus  sans  que  la  moindre  impression  ait  été 
perçue. 

Preuves  pathologiques.  Les  lésions  des  sinus  , surtout  celles  du 
sinus  maxillaire,  ne  sont  pas  rares.  On  y rencontre  de  la  sérosité, 
du  pus,  des  kystes,  des  tumeurs  de  divérse  nature  qui  oblitèrent 
sa  cavité,  et  cependant  l’odorat  n’est  pas  sensiblement  modifié. 

Preuves  tirées  du  développement.  Nous  trouvons  dans  l’histoire 
du  développement  de  puissantes  raisons  pour  combattre  les  théo- 
ries que  nous  avons  indiquées  précédemment. 

Le  sinus  maxillaire  et  le  sinus  frontal  commencent  à apparaître 
le  premier  à la  naissance,  le  second  à l’âge  de  1 1 à 18  ans.  Or  il  est 
une  loi  de  physiologie  qui  ne  souffre  pas  d’exception. 

C’est  que  l'énergie  de  la  fonction  est  en  raison  directe  du  dévelop- 
pement de  C organe . 

Si  les  sinus  étaient  destinés  à l’olfaction,  ce  sens  devrait  se  déve- 
lopper à mesure  que  les  sinus  eux-mêmes  se  développent  davan- 
tage. Existe-t-il  entre  l’impression  olfactive  perçue  par  un  enfant 
d’une  douzaine  d’années  et  celle  perçue  par  un  adulte  une  diffé- 
rence assez  sensible  pour  que  la  loi  que  nous  venons  d’indiquer 
soit  sanctionnée  ? Non  certainement. 

Les  sinus  croissent  notablement  avec  l’âge  , ils  atteignent  leur 
maximum  de  développement  dans  la  vieillesse.  11  est  facile  de  voir 
où  uous  mènerait  l’adoption  des  théories  que  nous  combattons , à 
conclure  que  l’homme  jouit  d’un  odorat  d’autant  plus  parfait  qu’il 
est  plus  avancé  en  âge,  conclusion  qu’il  nous  semble  impossible 
d’admettre. 


— 39  — 

Les  cavités  cle  la  face  présentent  des  dimensions  très-variables 
suivant  les  sujets.  I!  n’est  pas  très-rare  de  voir  les  sinus  frontaux 
manquer  complètement.  L’odorat  ne  subit  pas  des  variations  cor- 
respondantes à celles  des  sinus. 

Nous  signalerons  encore  un  fait  que  nous  n’avons  pu  vérifier 
nous-même,  mais  que  nous  croyons  sur  la  foi  d’un  illustre  natura- 
liste, M.  Graliolet,  c’est  que  le  nègre  pur,  non  mélisé , celui  de  la 
Nouvelle-Guinée  par  exemple,  manque  constamment  de  sinus  fron- 
taux ; il  a cependant  l’odorat  beaucoup  plus  développé  que  l’Eu- 
ropéen, puisqu’il  peut  suivre  en  quelque  sorte  à la  piste. 

Preuves  tirées  de  l’anatomie  comparée. 

Richerand  ( Physiologie  , t.  II  , p.  270)  dit  que  , « dans  les  ani- 
maux qui  excellent  par  la  finesse  de  leur  odorat , les  sinus  fron- 
taux , ethmoïdaux , sphénoïdaux,  palatins  et  maxillaires,  ont  un 
développement  prodigieux , » et  que  « les  parois  du  crâne  sont  en 
grande  partie  excavées  par  ces  appendices  de  l’organe  olfactif.  » 

Richerand  n’avait  certainement  pas  examiné  avec  beaucoup  de 
soin  les  fosses  nasales  des  animaux  jouissant  d’un  odorat  parfait , 
du  chien  par  exemple.  Nous  ne  pouvons  mieux  lui  répondre  qu’en 
citant  cette  phrase  de  Millier  : «Le  principe  qui  préside  à la  forma- 
tion et  aux  modifications  de  l’organe  de  l’odorat  est  la  multipli- 
cation des  surfaces  olfactives  dans  un  petit  espace.  » 

Rien  de  plus  facile  que  de  vérifier  l’assertion  de  Millier.  Les  cor- 
nets du  chien  présentent  une  multitude  de  plis  et  de  replis  recou- 
verts par  la  muqueuse;  la  lame  osseuse  que  traversent  les  filets  du 
nerf  olfactif  est  criblée  d’un  nombre  considérable  d’orifices.  Met- 
tons en  parallèle  les  fosses  nasales  du  mouton  , qui  jouit  d’un  odorat 
infiniment  moins  développé  que  le  chien  : nous  trouvons  en  effet 
une  différence  profonde,  non  pas  dans  les  sinus,  qui  sont  à peu  près 
également  développés  dans  les  deux  espèces,  mais  dans  la  dis- 
position des  cornets.  Multipliés  à l’infini  chez  le  chien  par  les  si- 


nuosités  qu’ils  présentent,  ils  sont  aplatis,  étalés,  lisses. chez  le 
mouton. 

C’est  là  certainement  le  moyen  qu’emploie  la  nature  pour  aug- 
menter la  surface  olfactive;  elle  n’a  pas  fait  d’exception  pour 
l’homme. 

Nous  avons  examiné  plusieurs  têtes  d’oiseaux  de  proie  qui  nous 
ont  été  très-complaisamment  fournies  par  M.  Gratiolet,  de  ces  oi- 
seaux réputés  pour  la  perfection  de  leur  odorat  : nous  n’avons  pas 
trouvé  de  sinus  frontaux;  l’intérieur  du  frontal  , à sa  partie  anté- 
rieure, était  creusé  de  petites  cavités  nombreuses,  mais  ne  commu- 
niquant nullement  avec  les  fosses  nasales. 

De  tout  ce  qui  précède,  nous  croyons  pouvoir  conclure  que  : 

[.es  sinus  de  la  face  ne  sont  pas  destinés  à augmenter  la  surface 
olfactive. 

Iis  ne  sont  pas  destinés  à entretenir  l’humidité  de  la  pituitaire. 

Leur  fonction  n’est  pas  d’emmagasiner  l’air  chargé  de  molécules 
odorantes. 

Étudions  maintenant  quel  est  leur  rôle. 


CHAPITRE  III. 

RÔLE  DES  SINUS  DE  LA  TÈTE. 

Dans  les  premiers  temps  de  la  vie  intra-utérine,  la  tête  est  com- 
plètement représentée  par  le  crâne.  La  face  commence  à se  déve- 
lopper dans  le  cours  de  la  gestation  , mais  à la  naissance  elle  est 
encore  très-inférieure  an  crâne.  Une  loi  bien  connue  de  développe- 
ment rend  aisément  compte  de  ce  fait  : lorsque  de  deux  parties 
d’une  vertèbre,  l’une  prend  un  accroissement  considérable,  l’autre 
reste  stationnaire,  et  acquiert  elle-même  dans  la  suite  un  volume 
relatif  plus  grand. 


— 41 


La  tête  étant  assimilée  à une  vertèbre,  et  la  partie  postérieure, 
le  crâne,  arrivant  à de  grandes  dimensions  dans  la  période  fœtale, 
la  face  doit  rester  fort  limitée. 

Après  la  naissance,  les  phénomènes  se  produisent  d’une  façon  in- 
verse ; la  face  l’emporte  de  beaucoup  sur  le  crâne  pour  la  rapidité 
de  son  développement.  C’est  à l’époque  de  la  puberté  qu’il  est  sur- 
tout facile  de  le  remarquer;  on  voit  alors  en  effet  s’accroître  le  dia- 
mètre transversal , et  surtout  le  diamètre  vertical , pour  fournir  aux 
muscles  une  large  surface  d’insertion  , ce  qui  donne  à la  physio- 
nomie un  caractère  nouveau. 

Il  existe  à la  naissance  et  dans  les  premières  années  de  la  vie  un 
équilibre  parfait  entre  le  crâne  et  la  face.  Cet  équilibre  va  néces- 
sairement être  rompu,  puisque  la  face  se  développera  relativement 
beaucoup  plus  que  le  crâne. 

Une  seuie  condition  pourra  empêcher  cette  rupture,  c’est  qu’il  y 
ait  augmentation  de  volume  sans  augmentation  de  poids. 

La  nature  arrive  à ce  résultat  pour  les  os  longs  des  membres,  le 
tibia,  le  fémur,  etc.,  en  les  creusant  d’une  vaste  cavité,  canal  mé- 
dullaire. C’est  aussi  le  moyen  qu’elle  emploie  pour  diminuer  la  pe- 
santeur de  la  face;  elle  creuse  les  os  qui  la  constituent. 

Suivons-la  dans  ce  travail.  À la  naissance  , accroissement  de  la 
face,  apparition  du  sinus  maxillaire.  Dans  les  premières  années,  la 
proportion  entre  le  volume  du  crâne  et  celui  de  la  face  varie  peu, 
le  sinus  maxillaire  subit  un  faible  agrandissement.  Plus  lard,  à la 
puberté  surtout,  la  proportion  varie  d’une  manière  notable  au  profit 
de  la  face  qui  prend  une  grande  extension  dans  le  sens  vertical  ; 
alors  apparaît  le  sinus  frontal  qui  se  développe  de  façon  que  l’é- 
quilibre ne  soit  jamais  détruit. 

Pendant  toute  la  période  de  l’âge  adulte,  les  rapports  entre  les 
deux  parties  de  la  tête  changent  peu  ; aussi  voyons-nous  les  sinus  ne 
subir  que  des  modifications  insensibles. 

Dans  la  vieillesse,  les  os  du  crâne,  tout  en  s’épaississant  ordinai- 

1862.  — Tillaux. 


6 


rement,  perdent  de  leur  poids.  Ils  se  creusent  de  vacuoles,  le 
diploé  augmente,  il  se  fait  une  sorte  de  raréfaction,  ce  qui  explique 
leur  grande  fragilité.  Le  crâne,  diminuant  de  poids,  si  notre  théorie 
est  vraie,  la  face  doit  également  perdre  du  sien  pour  maintenir 
l’équilibre.  C’est  en  effet  ce  qui  arrive;  nous  avons  vu  que  les 
sinus  acquièrent  chez  les  vieillards  leur  plus  haut  degré  de  déve- 
loppement. 

Nous  pensons  donc  que  les  sinus  de  la  face  sont  intimement  liés  à 
son  développement.  Ils  sont  destinés  à mettre  son  poids  en  équilibre 
avec  celui  du  crâne. 

Ne  peut-on  pas,  en  adoptant  cette  manière  de  voir,  se  rendre 
compte  des  variétés  anatomiques  que  nous  avons  signalées?  Du  mo- 
ment où  les  sinus  ne  sont  destinés  qu’à  maintenir  le  rapport  entre 
les  volumes  de  deux  parties,  on  conçoit  qu’ils  doivent  varier  autant 
que  ces  deux  parties  elles-mêmes. 

Les  sinus  présentent  des  dimensions  variables,  suivant  les  sujets. 
Quelquefois  le  sinus  frontal  n’existe  pas.  Nous  trouvons  encore  là 
une  raison  pour  appuyer  notre  théorie.  La  face  en  effet  est  loin 
d’acquérir  la  même  extension  chez  tous  les  individus;  les  sinus  étant 
liés  à cette  extension  doivent  nécessairement  varier. 

Mais,  pourrait-on  dire,  le  nègre  pur  a la  face  relativement  plus 
développée  que  l’Européen  , et  cependant  il  n’a  pas  de  sinus  fron- 
taux. L’explication  nous  parait  aisée.  Les  négresses  accouchent 
beaucoup  plus  facilement  que  les  blanches.  A quoi  l’attribuer?  Leur 
bassin  mesure  les  mêmes  diamètres.  C’est  que  le  crâne  du  nègre 
est  à la  naissance  très-inférieur  à celui  du  blanc;  la  face  par  contre 
a plus  d’ampleur;  il  en  résulte  qu’après  la  naissance  la  face  du 
nègre  ne  subit  pas  un  développement  relatif  beaucoup  plus  consi- 
dérable que  celui  du  crâne,  et  que  l’apparition  du  sinus  maxillaire 
seul  suffit  pour  maintenir  l’équilibre. 

La  loi  du  développement  des  sinus  nous  paraît  pouvoir  être  ainsi 
formulée. 

Les  sinus  apparaissent  aussitôt  que  la  face  se  développe  relative- 


meut  plus  que  le  crâne;  leur  accroissement  est  étroitement  lié  à ce 
développement  relatif. 

Pour  trouver  le  rapport  qui  existe  entre  le  développement  des 
différents  diamètres  du  crâne  et  de  la  face,  chez  l’enfant  et  chez 
l’adulte,  nous  avons  fait  un  certain  nombre  de  mensurations. 

Au  lieu  de  traduire  ce  rapport  par  des  chiffres,  nous  avons  pensé 
qu’il  apparaîtrait  d’un  façon  beaucoup  plus  nette  par  le  moyeu  sui- 
vant. 

La  mesure  des  diamètres  étant  prise,  nous  avons  décrit  autour 
d’elle  une  circonférence. 

La  distance  qui  sépare  les  circonférences  l’une  de  l’autre  montre 
exactement  la  différence  des  diamètres. 

Nous  avons  comparé  les  diamètres  verticaux  de  la  face  et  du  crâne 
chez  l’enfant,  et  ces  mêmes  diamètres  chez  l’adulte. 

De  même  pour  les  diamètres  transversaux  et  antéro-postérieurs. 

Or  un  simple  examen  des  figures  nous  permet  de  constater  que 
chez  l’enfant  : 

La  circonférence  représentant  le  diamètre  vertical  de  la  face  est 
inscrite  dans  celle  qui  représente  le  même  diamètre  du  crâne  et 
qu’elle  en  est  très-écartée. 

Chez  l’adulte , les  rapports  des  deux  circonférences  ont  notable- 
ment changé. 

La  circonférence  inscrite  (diamètre  vertical  de  la  face)  s’est  rap- 
prochée de  la  circonférence  circonscrite  (diamètre  vertical  du  crâne). 
Quelquefois  elles  se  confondent;  dans  certains  cas  même,  celle  qui 
était  circonscrite  devient  inscrite. 

D’où  je  conclus  qu’à  partir  de  la  naissance,  le  diamètre  vertical 
de  la  face  se  développe  beaucoup  plus  relativement  et  absolument 
que  le  même  diamètre  du  crâne. 

La  figure  représentant  le  rapport  des  diamètres  transversaux 
prouve  que  ce  rapport  reste  constamment  le  même  chez  l’enfant  et 
chez  l’adulte. 

Le  rapport  des  deux  diamètres  antéro-postérieurs  n’est  pas  le 


— 44  — 


même  chez  l’enfant  et  chez  l’adulte,  mais  il  existe  une  disposition 
inverse  de  celle  que  nous  avons  constatée  pour  les  diamètres  verti- 
caux, c’est-à-dire  que  la  circonférence  circonscrite  (diamètre  antéro- 
postérieur du  crâne)  est  plus  écartée  de  la  circonférence  inscrite 
(diamètre  antéro-postérieur  de  la  face)  chez  l’adulte  que  chez  l’en- 
fant, ou,  en  d’autres  termes,  que  le  diamètre  antéro-postérieur  du 
crâne  se  développe  plus  relativement  que  le  même  diamètre  de  la 
face. 

Étant  admis  que  les  sinus  sont  liés  au  développement  de  la  face, 
et  les  figures  qui  précèdent  démontrant  que  le  diamètre  vertical  de 
cette  partie  est  le  seul  qui  augmente  beaucoup  plus  que  celui  du 
crâne,  nous  concluons  que  l’apparition  et  l’accroissement  des  sinus 
maxillaires  et  frontaux  sont  en  rapport  intime  avec  l’accroissement 
de  la  face  en  hauteur. 

Quant  aux  diamètres  antéro-postérieurs,  notre  théorie  ne  nous 
parait  pas  encore  en  défaut.  Le  sinus  sphénoïdal  appartient  beau- 
coup plus  à la  base  du  crâne  qu’à  la  face.  Or,  le  crâne  se  dévelop- 
pant plus  d’avant  en  arrière  que  la  face,  la  base  du  crâne  se  creuse 
d’une  cavité  pour  mettre  son  poids  en  équilibre  avec  celui  de  la 
partie  antérieure. 


QUESTIONS 


SCR 

LES  DIVERSES  BRANCHES  DES  SCIENCES  MÉDICALES. 


. Physique.  — Donner  les  lois  de  la  chute  des  corps  avec  les  ex- 
périences qui  les  démontrent;  apprécier  le  danger  relatif  de  la  chute 
d’un  homme  de  diverses  hauteurs. 

Chimie.  — Des  caractères  distinctifs  de  l’arsenic. 

Pharmacie.  — De  l’utilité  des  tisanes  et  des  apozèmes  ; de  leur 
mode  de  préparation. 

Histoire  naturelle.  — Existe-t-il  quelque  analogie  entre  la  respi- 
ration des  végétaux  et  celle  de  certains  animaux  ? 

Anatomie.  — De  l’origine  et  du  mode  de  terminaison  de  la  ban- 
delette des  nerfs  optiques  ; de  l’arrangement  des  fibres  médullaires 
dans  le  chiasma  des  nerfs  optiques. 

Physiologie.  — Des  causes  du  mouvement  du  sang  dans  les  veines. 

Pathologie  interne.  — Des  différentes  espèces  de  gravelle. 

Pathologie  externe.  — Du  phlegmon. 

Pathologie  générale.  — Des  phénomènes  de  la  fièvre. 


— 40  — 


Anatomie  pathologique.  ~~  Des  kystes  acéphalocystes  (anatomie  et 
physiologie  pathologiques  en  général). 

Accouchements.  — De  la  procidence  du  cordon  ombilical. 

Thérapeutique.  — Des  formes  de  paralysie  dans  lesquelles  il  est 
convenable  d’administrer  la  noix  vomique  et  la  fève  de  Saint-Ignace. 

Médecine  opératoire.  — De  l’amputation  de  la  jambe. 

Médecine  légale.  — Des  sexes  considérés  dans  leurs  rapports  avec 
les  lois. 

Hygiène.  — Des  âges  considérés  dans  leurs  rapports  avec  la 
santé. 


Vu,  bon  à imprimer. 

GOSSELIN,  Président. 

Permis  d'imprimer. 

Le  Vice-Recteur  de  l’Académie  de  Paris, 


A.  MOURIER.